SON COURANT ARTISTIQUE

 

_________Depuis 1884, Gaudi, cependant, travaillait avec une petite équipe (les architectes Berenguer, Jujol, Rubio, le peintre Aleix Clapes) à l'édification de ce qui devrait être son oeuvre majeure la Sagrada Familia, basilique "gothique" commencée en 1876 par l'architecte Fransisco de Paula del Villar et à laquelle Gaudi, homme d'une foi très profonde, ne cessera d'apporter tout l'élan créateur, le génie inventif dont il était capable. La façade révèle à elle seule toute l'évolution de son art au fil des années et ce formidable projet, lancé comme un défi au temps, seulement comparable à la grande geste qui animait au Moyen Age les constructeurs de cathédrales, témoigne aussi de l'humilité réelle d'un grand artiste que l'on aurait pu croire parfois, mais bien à tort, saisi de mégalomanie.

_________La Sagrada Familia n'est pas achevée mais Gaudi laisse un très grand nombre de plans, de maquettes et de dessins qui devraient permettre de poursuivre cette colossale et magistrale entreprise.

 

 

 

Une légende commode fait de Gaudi un rêveur. Sa mort accidentelle semble corroborer cette thèse, de même que certaines de ses déclarations où il se donnait volontiers comme un instincif, un homme travaillant avec cet automatisme aujourd'hui cher aux surréalistes, se contentant de "savoir si une chose doit être plus haute ou plus basse, plus plate ou plus courbée. Ce n'est qu'un don de voyance et moi, par bonheur, je vois". Pourtant Gaudi était également un homme enraciné dans son pays, dans son époque et dans une tradition qu'il a prolongée puissamment et très loin en avant, en futuriste qu'il était peut-être sans le savoir.
N'était la formation bien différente des deux hommes, on pourrait évoquer, à propos de Gaudi, le cas d'un génial amateur mort récemment, le facteur Cheval, qui s'est construit un palais et un tombeau stupéfiants. Il y a chez l'un et l'autre des points communs dans l'ensemble et dans le détail : le goût pour les formes animales et végétale, celui des inscriptions et de la récupération de matériaux. Impossible, cependant, de comparer les vers de mirliton de Cheval aux formules rituelles qui ornent les tours de la Sagrada Familia, pas davantage que les pierres ramassées par Cheval faute d'autres moyens, avec l'utilisation concertée de déchets de faïence dans le parc Güell - croit-on que Braque a créé le collage pour économiser la peinture?
Les formes animales et végétales chez Gaudi ne sont d'ailleurs pas seulement décoratives; érigées en clochetons ou plaquées sur les murs, elles président au mouvement profond de la construction : du feuillage naît le système de voûte et d'encorbellements du parc Güell, du rampement naît la configuration des Ecoles de la Sagrada Familia; des bosselures écailleuses de quelque saurien surgit le revêtement en tuiles de la casa Batllo. Gaudi a réfléchi, élaboré un système en fonction de la mécanique et de l'architectonique. Son oeuvre est tout sauf celle d'un autodidacte.

 

 

 

 

 

 

 

 

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